Retour sur le massacre de Karma : supposons que les coupables ne soient pas les FDS et les VDP

Voici une dizaine de jours, à l’avant-veille de l’Aïd el Fitr que, selon différentes sources, soixante (60) à cent cinquante (150) personnes de tout âge et sans distinction de sexe, ni de condition physique ont été froidement massacrées à Karma (commune de Barga/province du Yatenga/région du Nord) par des individus qui portaient des tenues militaires de l’armée régulière burkinabè selon plusieurs témoins. De plus, les moyens logistiques et certaines armes utilisés ressemblent fort, selon les mêmes témoins, à ceux de nos forces de défense et de sécurité.

Sous le titre « Au moins 150 civils massacrés dans le nord du Burkina Faso », l’article paru dans le journal quotidien français Libération du 23 avril 2023 et mis à jour le 24 avril 2023 qui évoquait le sujet pour la première fois dans l’univers médiatique, décrivait avec effroi une situation inqualifiable. A mesure que les jours passaient, cela s’est révélé être une horreur indescriptible au regard de l’immensité de la tuerie, du nombre de blessés, des méthodes utilisées et des personnes concernées (nourrissons, enfants, femmes enceintes ou allaitantes, personnes du troisième et du quatrième âge, handicapés…) d’une part et d’autre part au vu de la quantité des biens matériels et des infrastructures socio-économiques détruits sans oublier les syndromes de troubles post-traumatiques à des degrés divers que ne manqueront pas de vivre les survivants.

Hélas, Karma et les villages environnants ne sont pas les seules localités à enregistrer, depuis août 2022, des assassinats de civils par des personnes soupçonnées d’être des FDS et/ou des volontaires pour la défense de la patrie (VDP), auxiliaires de l’armée burkinabè. En effet, les cas sont légion : Tougouri (Centre-Nord) août 2022 ; Nouna (Boucle du Mouhoun) décembre 2022 ; Sakoani, Piéga, Kankangou et Boungou (Est) février 2023 ; Rollo (Centre-Nord) mars 2023. Au total, cent vingt-neuf (129) personnes ont donc été éliminées auxquelles il faut ajouter celles de Karma sans compter les morts ambigües de deux (02) et de trois (03) personnes que l’on apprend çà et là. Certes, depuis 2019 avec la tragédie de Yirgou (Centre-Nord) jusqu’en août 2022, l’élimination physique de personnes civiles a été enregistrée mais le moindre des constats que l’on peut faire est qu’aujourd’hui il y a non seulement une tendance haussière du nombre de ces actes ignobles et barbares, des victimes et des dégâts matériels depuis la fin de l’année 2022 mais aussi l’implication supposée des FDS et des VDP dans ces crimes.

Au regard du nombre de cas dans lesquels les FDS et les VDP sont suspectés, de l’importance du nombre de victimes, de la cruauté avec lesquelles des personnes ont été tuées, de l’indignation quasi-générale de l’opinion nationale et internationale, le président Ibrahim Traoré gagnerait à actionner tous les leviers militaires, judiciaires et politiques afin de faire la lumière sur ces cas d’atteintes graves aux droits humains assimilables à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité. Dans la mesure où il assume également les fonctions de chef d’Etat, il sied qu’il remonte à 2019 au moins et se donne les moyens nécessaires pour solder au plan judiciaire tous ces crimes qui, tôt ou tard, vont rattraper les coupables d’avant et sous son magistère qui possède le plus lourd bilan. Il y a d’autant plus intérêt que d’une part c’est sous sa présidence que le nombre de crimes supposés impliquer les FDS et les VDP a connu une hausse vertigineuse en nombre et en victimes et que d’autre part l’histoire récente de notre pays prouve, à l’envie, avec les affaires Thomas Sankara et autres et Norbert Zongo qu’aucune issue n’est possible. De toutes les façons, les médias, les organisations nationales et internationales de défense des droits humains et les organismes régionaux et internationaux sont en train de documenter tout ce qui s’est fait, tout ce qui se fait et tout ce qui se fera dans un sens ou dans un autre.

Dans cette optique, les récents propos de l’actuel président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embalo que nous n’avons pas besoin de reprendre ici sont suffisamment révélateurs de l’état d’esprit de la communauté régionale et internationale.

Le capitaine président aurait donc tort de n’écouter que sa propre voix à travers celles de ses zélateurs du moment, dont la plupart s’évanouiront dans la nature dès que des ennuis pointeront à l’horizon. L’exemple de l’ancien président ivoirien Koudou Laurent Gbabgo dont 80% des faucons de son régime l’ont abandonné dans les deux (02) mois qui ont suivi son arrestation le 11 avril 2011 peut servir de leçon. Il faut souhaiter, en supposant que les auteurs des massacres de Karma ne sont pas des militaires burkinabè ou des VDP, qu’Ibrahim Traoré prendra toutes les dispositions nécessaires pour que la vérité sur Karma éclate et qu’il en soit de même pour les autres massacres. Il est inhumain de se réjouir du malheur de son prochain, surtout si l’intéressé a entre ses mains le sort de dizaines de millions de Burkinabè mais il lui revient de s’assumer pleinement et vite !

Libertebf.com

Wendmanegre

Wendmanegre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *