« Nous avons plusieurs fois proposé de dialoguer avec ceux qui ont pris les armes mais on ne nous a pas écouté. Il faut savoir que ce n’est pas en exterminant tel ou tel communauté qu’on aura la fin de cette guerre », Imam Amadou Sanogo

communauté-musulmane-bob

Comme promis dans notre édition d’hier, nous vous proposons, les interviews que l’imam Amadou Sanogo de la grande mosquée et vice-président de la Fédération des associations islamiques (FAIB) et   Monseigneur Paul Y. OUEDRAOGO, archevêque métropolitain de Bobo-Dioulasso ont bien voulu nous accorder en marge de la Semaine nationale de la culture (SNC).

 

Libertébf : Imam, quelle appréciation faites-vous de la tenue de la Semaine nationale de la culture (SNC) ?

communauté-musulmane-bobImam Amadou Sanogo : à mon avis je pense que c’est une très bonne chose de faire un retour aux sources. Car des expériences ont montré que nos parents vivaient bien ensemble. Il y a des facteurs qui permettaient ce vivre-ensemble et nous devons nous réapproprier ces facteurs. Je dirais même que nous sommes en retard et ce que nous faisons à la Semaine nationale de la culture n’est pas suffisant. Je souhaite que le gouvernement inclue l’enseignement de nos valeurs ancestrales dans le programme d’éducation scolaire parce que les jeunes ne s’intéressent plus à la culture avec l’évolution des choses. Je vois la SNC comme un simple symbole qui nous montre qu’on doit repartir vers nos valeurs culturelles mais ce n’est pas la seule manière. Pour moi, la culture englobe tout ce que nos devanciers ont pu faire dans tous les domaines. Mais je vois qu’au niveau de la SNC le volet matériel est mis en avant et ce qui fait défaut, c’est la valeur culturelle morale. Si on se base seulement sur le côté physique de la culture on n’aboutira pas à grand-chose. Nous ne sommes pas encore loin de nos cultures, on pratique toujours les mêmes modes de construction, les mêmes pas de danse et autres. Nous vivons toujours la culture et il faut juste une consolidation. Par exemple on trouve toujours les tam-tams, le balafon et autre instruments. Mais le volet moral de la culture est en train de disparaître avec les mutations de la société. La manière dont nos parents vivaient, comment étaient les relations entre les familles et les membres de famille, toutes ces valeurs sont en train de disparaître. Aujourd’hui, les jeunes ne savent plus respecter les personnes âgées. Nous devons travailler à revenir sur ces aspects de la culture.

Libertébf : peut-on parler encore de tolérance et de dialogue intercommunautaire au Burkina ?

communauté-musulmane-bobImam Amadou Sanogo : l’intolérance et le manque de dialogue entre les Burkinabè découlent des faits politiques. Dans notre jeunesse, tout le monde vivait dans l’harmonie mais les politiciens et du fait du sous-développement, beaucoup de choses se sont produites. Mais moi je parlerai plus de l’extrémisme qui est venu de l’extérieur pour désorganiser le système de vie des Burkinabè.  Auparavant, les musulmans et les chrétiens vivaient en parfaite harmonie mais l’avènement d’une autre tendance religieuse est venue dire que cela ne cadre pas avec l’islam et c’est cela qui a amené la déchirure du tissu social. Pour remédier à cela, nous devons attaquer le problème à la source. Dans les années 60 à 80, il n’y avait pas de problème mais quand la jeunesse, revenue de l’extérieur avec d’autres visions qui ne sont pas les nôtres, a voulu s’imposer en faisant des prêches que les choses ont commencé à changer négativement.  C’est de là que réside le fond du problème que nous vivons aujourd’hui. Au lieu de s’attaquer réellement au problème, on nous parle de tolérance et de dialogue mais est-ce que l’autre est prêt à dialoguer ou à tolérer ? L’autre préoccupation que j’ai à soulever est que la recherche n’est pas au service de l’Etat, alors qu’aucun pays ne s’est développer sans l’appuis des chercheurs. Ce sont eux qui ont toujours changer le cours de l’histoire dans le monde. Au Burkina, je n’ai pas cette impression. Par exemple, le problème entre éleveurs et agriculteurs a toujours été un casse-tête pour l’Etat, mais ces conflits ont connu cette évolution car nos chercheurs n’ont pas été à la hauteur pour trouver la solution. Tant qu’on n’attaque pas le problème à sa source, des rencontres vont se tenir mais rien ne va changer. L’une des sources majeures à soigner ce sont les discours, et bien d’autres choses tel l’extrémisme de la laïcité que nos dirigeants doivent recadrer sinon le pire risque d’arriver. L’Etat doit prendre ces responsabilités pour assainir le milieu des religions et des communautés sans distinction. Aussi, il faut que les chercheurs jouent leur rôle dans la société en apportant beaucoup plus.

Tout le monde sait qu’aujourd’hui la communauté peule est stigmatisée. Ses membres sont attaqués de tous les côtés (FDS, VDP et terroristes). Mais ça c’est une chose que l’Etat doit corriger. Il faut une réconciliation ou chacun sera libre de dire ce qui lui vient du cœur sans avoir peur. En islam on dit que si vous ne dites pas la vérité, il est difficile de trouver une solution à votre problème. Nous avons plusieurs fois proposer de dialoguer avec ceux qui ont pris les armes mais on ne nous a pas écouté. Il faut savoir que ce n’est pas en exterminant tel ou tel communauté qu’on aura la fin de cette guerre. Seul le dialogue nous sauvera. L’Algérie et l’Arabie Saoudite sont des exemples à suivre.

Libertébf : quel est votre message à l’endroit des Burkinabè ?

Imam Amadou Sanogo : Je demande au Burkinabè de beaucoup prier pour le pays et prier pour que ceux qui ont pris les armes acceptent revenir à la raison. Nous avons le même pays en commun et on doit le protéger. J’appelle aussi les autorités à organiser une conférence inclusive pour recueillir les préoccupations de tout le monde afin de trouver la solution adéquate pour le développement du pays. Pour terminer je demande à l’Etat de chercher les stratégies pour l’après-guerre. Ne soyons pas trop émotionnels car cela peut engendrer d’autres problèmes.

 

Interview réalisée par Wendmanegré OUEDRAOGO

Wendmanegre

Wendmanegre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *